Lorsque ma concentration se fixe sur le travail de restauration d’oeuvres, c’est comme un état méditatif qui se met en place et qui arrête le temps. Le temps n’existe plus, seule l’envie de nettoyer, soigner et réparer les “souffrances” des oeuvres du passé comptent.
Cela me permet aussi de chercher à comprendre ce que l’auteur de l’oeuvre a pu éprouver comme émotions et voulu transcrire dans sa réalisation. C’est comme un exercice de recherche de sensations qui me permet d’exercer et muscler ma propre capacité à écouter mes émotions internes pour mieux les comprendre, mieux les utiliser.
Je trouve dans cela, une activité très complémentaire à la peinture. Cela me permet de pouvoir focaliser mes intentions dans mes toiles, comme si je voulais transférer mon âme, mon intention dans la toile afin de pouvoir la transmettre au spectateur et lui susciter l’envie des questionnements…car une fois que la graine est semée dans un terreau fertile, inévitablement elle viendra à germer.
Restauration du chemin de croix de l'Eglise Saint Denis de Juvigny-sur-Loison
(Peintures XVIIIème siècle / Boiserie XIXème siècle)
Je ne m’étais jamais intéressé à ces 14 tableaux (Stations) pourtant présents dans toutes les Eglises tellement le sujet “religieux” me paraissait obscur et éloigné. Il est arrivé à moi comme si cela était une évidence de pouvoir me mettre au service de l’association du village qui n’arrivait pas à trouver de subventions pour pouvoir restaurer ce chemin de croix qui était rangé depuis plus de 50 ans dans l’église du village. Malgré le challenge et l'ampleur du chantier, cela m'est apparu comme s'il s'agissait d'un trésor enfoui, sali par le temps et qui attendait là, patiemment, le moment pour revenir à la lumière.
Cela m’a permis de dépoussiérer, développer mes connaissances, nettoyer mes croyances pour les remettre en question.
Alléger leurs vernis assombris par le temps pour retirer leur voile jaunâtre a le même effet que de retirer un voile qui masquait les réponses à nos questions de quête de sens dans les oeuvres à la base de la religion, qui avait pour fondement la compréhension et la réalisation du Soi.
Au delà du travail de patience associé à la restauration, cela m’a permis de pouvoir me poser les questions relatives à chaque étape de ces stations par rapport à ma quête de compréhension et de mieux comprendre le sens de cet héritage endormi.
La lecture méditée de la bible et des Evangiles s'est mise en place pendant la même période afin de pouvoir apporter cette connaissance complémentaire et la relier à nos expériences du vécu.
Ce travail de restauration et de lecture ont alors pu me faire prendre conscience de l'approche parabolique de ces récits, tout comme le chemin de croix qui en résume la finalité. Ils nous invitent à comprendre que les expériences évoquées doivent être comprises par le lecteur comme une expérience intérieure et non extérieure, et ce n'est peut être pas pour rien que Hildegarde de Bingen nous l'indiquait à sa manière: "Le corps est l'atelier de l'âme où l'esprit vient faire ses gammes".
Si le sujet vous questionne et que le coeur vous en dit, n'hésitez pas à pousser les portes des Eglises et je suis certain que vous ne regarderez plus les chemins de croix de la même manière.
En attendant, vous pouvez avoir le détail de cette restauration en cliquant sur ce lien
